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Ensemble, bâtissons une société plus inclusive! Du 1er au 7 juin, Semaine québécoise des personnes handicapées.

Témoignages


Témoignage de André Gaumond

Voici le témoignage de monsieur André Gaumond, pompier au Service de la sécurité incendie de la Ville de Lévis. Dans ce témoignage, il nous parle du Programme déficience intellectuelle – trouble envahissant du développement.

André Gaumond et Marie-Claude Ruel.

Lorsque j’ai été confronté à la réalité des personnes ayant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme (auparavant trouble envahissant du développement), je travaillais dans le domaine de l’incendie depuis 30 ans. J’avais été victime d’un accident de travail qui avait fait en sorte je ne pouvais plus retourner à l’intervention. La Ville avait donc décidé de me réorienter afin de bonifier un programme existant, celui de Secours adapté. Ce programme permettait aux pompiers et pompières d’être informés lors d’une intervention impliquant des citoyennes ou des citoyens handicapés. En consultant la documentation, j’ai vu des termes que je ne connaissais pas très bien : déficience intellectuelle, autisme, trouble envahissant du développement, trisomie 21. En effectuant des visites à domicile, j’ai commencé à rencontrer des gens ayant ces types d’incapacité. 

Un jour, je suis entré dans une maison où résidait un jeune autiste de 17 ou 18 ans. Même s’il faisait six pieds, le jeune a paniqué. De toute ma vie, c’était la première fois que quelqu’un avait peur de moi. J’ai donc demandé à sa mère de m’expliquer la raison de son état. En fait, il avait surtout peur de mon uniforme, car il avait eu une mésaventure avec des gens en uniformes. Ces derniers n’avaient pas su reconnaître les signes de son incapacité le jour où il avait manqué son autobus, ce qui l’avait complètement désorganisé. Pour les personnes autistes, les imprévus, c’est particulièrement difficile à gérer.

En entendant cette histoire, je me suis dit qu’il ne fallait plus que ce genre de situation se reproduise. Mon uniforme est censé réconforter les gens, pas leur faire peur! À ce moment-là, j’ai réalisé que les pompiers et pompières n’étaient pas bien formés pour intervenir auprès des personnes ayant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme. On côtoie tous quelques personnes handicapées ici et là, mais on ne comprend pas nécessairement très bien leur état.

En revenant au bureau, j’ai rapporté la situation à mes supérieurs. Ils m’ont incité à chercher ce qu’on pouvait faire pour améliorer le programme. Ils m’ont donné carte blanche. Je me suis donc demandé qui pouvait m’aider dans cette tâche, et je me suis retrouvé au Centre de réadaptation en déficience intellectuelle – trouble envahissant du développement (CRDI-TED) de Chaudière-Appalaches. Là-bas, ils ont été quelque peu surpris de ma démarche. Normalement, ce sont des parents qui viennent les voir, pas des organisations! Ils m’ont présenté madame Marie-Claude Ruel, une jeune spécialiste en activité clinique qui travaille auprès des personnes autistes. Elle m’a indiqué que le CRDI-TED possédait déjà des documents pour le personnel intervenant en milieu hospitalier, et qu’il suffirait de les adapter pour les services d’incendie et de police. Cependant, nous en sommes rapidement venus à la conclusion qu’il fallait plus qu’un document qu’on lit et qu’on laisse ensuite sur le bureau. Ce n’était pas suffisant d’informer nos membres : il fallait les former.

Lorsque j’ai lancé l’idée à Steve Larose et à Yves Després, mes supérieurs, ils se sont montrés très coopératifs. Ils avaient vu à quel point j’avais été affecté par ma rencontre avec le jeune autiste. Ils m’ont donné leur feu vert pour élaborer une formation complète en compagnie de Rémi Drouin, capitaine aux opérations. Marie-Claude et son équipe ont alors développé une formation de six heures – deux fois trois heures –, avec 120 personnes à former en deux mois : tout un contrat! Heureusement, la Ville a embarqué à pieds joints dans l’aventure pour le financement. À la fin de la formation, les commentaires des participants et participantes ont tous été positifs. Plusieurs avaient déjà vécu une situation où ils s’étaient trompés sur l’état d’une personne et sur la façon d’agir avec elle. En dépit de leur expérience, nos pompiers et pompières ont beaucoup appris. Maintenant, ils ont des connaissances et des outils.

Étant donné qu’après six mois ou un an, la formation n’est plus aussi fraîche dans notre mémoire, nous avons élaboré un petit guide d’intervention. Tous les véhicules du Service de la sécurité incendie de la Ville, incluant les véhicules des premiers répondants, ont désormais l’un de ces guides afin qu’il soit à portée de la main des pompiers et des pompières. Ce guide d’intervention donne les consignes pour bien agir avec les personnes ayant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme. Il y a beaucoup d’images à l’intérieur, avec des phrases courtes et simples que nous pouvons utiliser et que cette clientèle comprend très bien. Lorsque je présente le guide aux parents dans le cadre du programme, ils sont tellement soulagés! Vous savez, en nous confiant leurs enfants dans une situation d’urgence, ils n’ont pas le choix de nous faire confiance. Ils vont dorénavant avoir affaire à des gens plus sensibilisés.

De plus en plus de citoyens et de citoyennes connaissent notre programme. Lors d’une intervention, le système informatisé présent dans les véhicules incendie indique notamment si une personne handicapée ou âgée réside à l’adresse à laquelle nous devons intervenir. Une photo de la résidence et une note sur l’incapacité y apparaissent. Lorsque j’ai récupéré le programme, il y avait 20 clients inscrits dans le système. Aujourd’hui, il y en a 212 répertoriés et actifs, et ce nombre ne cesse d’augmenter! Par ailleurs, la Ville de Lévis a décidé de partager le guide d’intervention avec les autres municipalités intéressées. De son côté, le CRDI-TED a également choisi de mettre sa formation à leur disposition. D’ailleurs, la Ville de Blainville a récemment fait suivre la formation aux membres de ses propres services de police et d’incendie. De plus, elle a adapté notre petit guide. Nous avons même reçu les félicitations du maire de Lévis pour le rayonnement du programme. Ce rayonnement est au-delà de mes espérances.

Parfois, quand les gens voient une personne handicapée, la méconnaissance de leur réalité leur donne toutes sortes de réactions et de préjugés. Au Service de la sécurité incendie de la Ville de Lévis, on ne rencontre plus ce genre de réactions. Les personnes qui ont une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme sont des citoyens et des citoyennes à part entière. En tant que pompiers et pompières, le service qu’on leur donne ne peut pas être moindre, il doit même être supérieur : c’est notre devoir! » 

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Témoignage de Michel Lamontagne

Voici le témoignage de monsieur Michel Lamontagne, agent de développement au Service de l'animation communautaire de la Ville de Saint-Eustache. Il nous parle des diverses initiatives inclusives de la Ville.

Photo de Michel Lamontagne.

« Depuis une vingtaine d’années déjà, la Ville de Saint-Eustache est proactive en ce qui concerne la participation sociale des personnes handicapées. Notre plan d’action annuel à l’égard des personnes handicapées et son bilan démontrent que nos actions portent fruit. Au fil des années, notre expérience nous a appris que des environnements accessibles sont profitables non seulement aux personnes handicapées, mais également à l’ensemble de la population. Il suffit de penser, entre autres, aux mamans qui doivent gravir des marches avec leur poussette ou aux livreurs qui doivent ouvrir des portes avec les bras pleins de boîtes.

Alors que la majorité des municipalités détient un service des loisirs qui englobe à la fois le communautaire, le culturel et le sportif, la Ville de Saint-Eustache comprend trois services distincts pour ces volets. Nous sommes donc en mesure de porter une attention particulière à certains aspects de la vie de notre communauté, sans oublier que nous avons des élus très proactifs et proches de la population. Les citoyens et citoyennes ont ainsi une place de choix au centre de nos préoccupations.

Parmi les initiatives inclusives de la Ville, mentionnons la nouvelle bibliothèque, qui va au-delà des normes du code du bâtiment afin d’être aussi jolie qu’inclusive! Murs deux tons, rampes, coin lecture avec chaises amovibles, ordinateurs adaptés pour la navigation au clavier, livres audio ou à gros caractères… Chacun y trouve son compte! Nous avons également accueilli du personnel et des stagiaires handicapés à la Ville afin de leur donner une expérience de travail enrichissante. De plus, une formation sur l’accueil des personnes handicapées sera bientôt offerte à l’ensemble des employés et employées de la Ville. Enfin, nous avons conçu une exposition de photos grand format qui s’intitule À première vue. Sur les 14 photos prises par Paul Raymond, un photographe de la région, on voit des gens en action. C’est seulement à la lecture du texte qui accompagne l’image qu’on découvre que ce sont des personnes qui ont diverses incapacités. L’évaluation de cette activité de sensibilisation a été très positive.

J’aimerais également parler de nos camps de jour. Voilà 20 ans qu’on y intègre des enfants handicapés. Toutefois, il y a 4 ou 5 ans, nous avons décidé de revoir notre structure et nos façons de faire afin de mieux intégrer ces enfants. Désormais, l’ensemble des accompagnateurs, animateurs et chefs de parc sont outillés pour répondre aux besoins de tous les enfants, qu’ils aient une incapacité ou non. Chaque été, sur les quelque 2 000 enfants qui participent à nos différents camps, nous accueillons entre 25 et 35 jeunes handicapés : trouble du spectre de l’autisme, trouble du langage, déficience intellectuelle, trouble de santé mentale, incapacité physique, etc. Nous avons dû modifier certaines activités, mais les changements sont surtout perceptibles dans l’animation.

À la Ville de Saint-Eustache, on travaille pour tous nos citoyens et citoyennes. On veut qu’ils soient fiers de leur ville. Pour terminer, j’aimerais citer Hélène Allard, une joueuse de l’équipe paralympique canadienne de basketball en fauteuil roulant. Elle résume parfaitement la ligne de pensée de la Ville en disant que ce ne sont pas les incapacités de la personne qui font obstacle à sa participation sociale, mais plutôt l’environnement dans lequel elle évolue. C’est en réfléchissant de cette façon qu’on obtient des résultats. Ça ouvre les esprits de faire face à la différence! »

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Témoignage de Gilles Lafond

Voici le témoignage de monsieur Gilles Lafond, président du conseil d'administration de Lalema inc., une entreprise qui fabrique des produits chimiques et sanitaires, et membre du conseil des présidents du Groupement des chefs d’entreprise du Québec.

Photo de Gilles Lafond.« C’est en entrant au Pavillon Albert-Prévost de l’hôpital du Sacré-Coeur de Montréal que j’ai été sensibilisé pour la première fois aux troubles graves de santé mentale. Je n’avais jamais vraiment été en contact avec cet univers auparavant. Je devais me rendre dans cet établissement pour accompagner un membre de ma famille. À ce moment-là, on nous avait annoncé que cette personne était schizophrène et que la maladie était incurable. Nous nous sommes rendu compte plus tard que ce n’était pas le bon diagnostic, mais cette expérience m’a tout de même profondément bouleversé.

À l’époque, j’avais rejoint des associations de parents pour être épaulé dans cette épreuve. C’est là que j’ai réalisé la souffrance de tous ces gens, et que j’ai eu la volonté de les aider. Je me suis alors rendu à l’hôpital Louis-Hyppolite Lafontaine, qui porte dorénavant le nom d’Institut universitaire en santé mentale de Montréal, et j’ai dit que j’étais prêt à aider un de leur patient, à le prendre sous mon aile dans mon entreprise. J’ai donc accueilli un premier employé schizophrène. Je connaissais sa médication, son milieu familial, son histoire. Je me suis aussi beaucoup renseigné au sujet de la schizophrénie. Figurez-vous que cet homme travaille pour nous depuis maintenant 20 ans! Il s’est littéralement épanoui dans son emploi. Il est devenu un employé compétent et dévoué. Tranquillement, nous en avons fait une véritable réussite.

Pourquoi ne pas répéter l’expérience, dans ce cas? De fil en aiguille, nous avons engagé sept personnes schizophrènes ou bipolaires, et six d’entre elles travaillent toujours pour nous! Je connais l’histoire de chacun de ces employés. Ce sont des gens très reconnaissants. Au début, à la fin de leur journée de travail, ils venaient même me remercier dans mon bureau! Quand ça allait moins bien, on demeurait tolérant. Souvent, l’acceptation était plus difficile pour les cadres, mais aujourd’hui, tout va pour le mieux.

Tout le monde a des talents et des forces. Malheureusement, pour beaucoup de gens, ces talents ne sont pas exploités. Il faut leur donner la chance de les révéler. J’ai d’ailleurs une anecdote intéressante pour illustrer mon propos. Nous avions engagé l’un d’eux pour appliquer les étiquettes des produits. C’était un employé engagé et ponctuel. Comme il se débrouillait très bien, nous avons été tentés de l’essayer à un autre poste. Il nous a dit : « Non, je veux rester ici, j’aime ça, j’apprends beaucoup. » Nous avons été surpris de sa réponse. Nous lui avons demandé ce qu’il apprenait, au juste, en appliquant les étiquettes. Il nous a répondu : « Vos 125 produits, je les connais tous, parce que j’ai le temps de lire les étiquettes! Je connais les modes d’emploi, les instructions d’usage et les antidotes de chacun de ces produits-là. » Difficile de rêver d’un meilleur représentant! Depuis ce jour, il est au service à la clientèle, derrière le comptoir des ventes, et personne ne connaît nos produits mieux que lui!

Après une période d’adaptation, les employés handicapés deviennent aussi productifs que les autres. Nous leur donnons des tâches simples et nous les encadrons davantage au départ, mais nous déléguons plus de responsabilités au fur et à mesure. Si vous veniez à l’usine aujourd’hui, vous seriez probablement incapables de dire de quels employés il s’agit. Ça ne paraît pas dans leur travail. Dans leur vie personnelle, par contre, ça fait une énorme différence. Certains sont maintenant mariés, d’autres ont des enfants à l’université. Pour moi, ça représente un succès, et c’est très valorisant.

Ça me touche beaucoup lorsqu’on me parle de gens différents. Vous savez, les personnes schizophrènes peuvent être très isolées. Si on prend la peine de les accompagner dans cette démarche, de partager leur souffrance comme leur joie, tout le monde en ressort gagnant. L’encadrement et le soutien, c’est vraiment la clé de la réussite. Je dis souvent que lorsque tu donnes une fleur à quelqu’un, il te reste toujours un peu de parfum dans la main… Au final, on n’est jamais perdant d’aider quelqu’un. »

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Témoignage de Stephan Marcoux

Photo de Stephen Marcoux.

Voici un témoignage de Stephan Marcoux, responsable du projet La Clé des débrouillards de l’Association de parents de personnes handicapées de Brome-Missisquoi. Fruit d’un partenariat avec le CSSS La Pommeraie et le vignoble de l’Orpailleur de Dunham, ce projet offre aux adultes ayant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme un milieu stimulant de participation sociale :

« Moi, personnellement, j’ai toujours été sensibilisé à la participation sociale des personnes ayant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme. Ces personnes ont des choses importantes à apporter. Ce sont des personnes comme les autres, avec leurs forces et leurs faiblesses. Les voir comme des personnes, en oubliant leur incapacité, permet de leur donner une place dans la société et elles se sentent valorisées.
 
Au vignoble de l’Orpailleur, les participants et les participantes du projet la Clé des débrouillards font de tout. Le but premier du programme est de développer leurs habiletés sociales afin de leur faire sentir qu’ils sont capables d’accomplir une multitude de petites tâches ainsi que des activités de loisirs saines. On leur fait expérimenter des ateliers de menuiserie, de pyrographie – on dessine sur le bois avec un brûleur à bois –, du jardinage, de la pêche sur glace, de la coupe de bois pour chauffer leur cabane au vignoble. Ils participent également aux différentes étapes des vendanges au mois de septembre et, au mois d’avril, le groupe transforme lui-même l’eau d’érable recueillie dans une forêt à proximité en participant à la fabrication du sirop. Les participants et participantes assistent à des ateliers de nutrition et de cuisine, à travers des recettes simples et accessibles qu’ils peuvent reproduire à la maison, et à des ateliers sur l’hygiène. Ils ont même construit des bacs de jardinage en bois de palettes recyclées, qui se trouvent maintenant à l’Université de Montréal! Ils développent des habiletés concrètes, des compétences valorisantes dont ils peuvent se servir tous les jours. Ceci augmente beaucoup leur confiance, car ils sentent qu’ils ont une place.
 
Récemment, on a installé des cabanes pour les hirondelles parce que ces oiseaux étaient devenus rares dans la région. Les hirondelles mangent des insectes qui peuvent être nuisibles, et leur présence diminue conséquemment l’usage de pesticides. Trente cabanes d’oiseaux ont donc été installées au vignoble. Les participants et participantes du projet étaient chargés de tenir les statistiques sur l’occupation des cabanes. À la fin de la saison, 95 % des cabanes étaient occupées. Cette expérience a eu un effet positif sur l’environnement, puisqu’on a pu diminuer la quantité de pesticide utilisée. Des ornithologues sont même venus nous voir pour reproduire l’expérience dans d’autres vignobles. Si on n’appelle pas ça de la participation sociale, je ne sais pas quel autre terme choisir!
 
Treize des participants nous ont été référés par le CLSC. Deux étudiants de l’école Massey-Vanier High School ont également intégré le groupe. Vous savez, lorsqu’ils atteignent dix-huit ou dix-neuf ans, ils commencent à s’ennuyer à l’école, car tous leurs amis sont partis. Sous forme de stage, ils accompagnent donc « la gang » au vignoble. Un troisième s’ajoutera bientôt.
 
Au début du programme, les employés du vignoble de l’Orpailleur étaient un peu réticents. Ils n’étaient pas habitués de côtoyer et de travailler avec des gens qui ont une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme. Maintenant, c’est réellement un mariage parfait. Les participants vont les voir, ils échangent, développent leurs habiletés sociales et leur estime de soi. Il n’y a pas longtemps, l’œnologue du vignoble me racontait justement à quel point le programme avait changé sa vie, à quel point il appréciait les participants et participantes du projet et comment il était fier de voir leur évolution. Au final, ça touche tout le monde des initiatives comme celles-là. C’est de la sensibilisation à son plus haut niveau.
 
C’est une mission de vie, le désir de créer des opportunités pour ces gens-là. Je n’ai jamais arrêté d’y croire, et les résultats sont assez impressionnants. Même si le financement demeure un problème, on offre vraiment quelque chose de bien. Les parents ont besoin de ça. C’est un répit pour eux, c’est certain, mais on comprend vite que c’est aussi bien plus que ça. Il faut arrêter d’avoir une image négative des personnes ayant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme, de les stigmatiser. Des habiletés, ça se gagne, pour eux comme pour les autres. Si on se concentrait seulement sur le potentiel de ces personnes, ça changerait tout! »

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Témoignage de Viviane Poirier

Voici le témoignage de Viviane Poirier, une enseignante au préscolaire qui occupe également un poste de direction à l’école des Rapides-Deschênes de Gatineau. En 18 ans d’enseignement en classe ordinaire, elle a intégré plusieurs élèves handicapés dans sa classe. Elle nous partage son expérience.

 Photo de Viviane Poirier« La première fois que j’ai eu à intégrer une élève handicapée dans ma classe, mon premier réflexe a été de chercher de l’information pour comprendre son incapacité et ses besoins. J’ai aussi rencontré les parents afin de mieux connaître l’enfant et de prendre connaissance de leurs inquiétudes. Vous savez, comme je suis enseignante au préscolaire, même lorsque l’enfant n’a pas d’incapacité, les parents ont souvent besoin d’être rassurés! Pour moi, ça ne représentait pas nécessairement quelque chose de difficile ou de compliqué, c’était simplement une façon de répondre aux besoins d’un enfant au même titre qu’un autre. 

Dans ce cas-ci, il s’agissait d’une petite fille trisomique. Je l’ai rencontrée avant le début de l’année scolaire afin de commencer à préparer sa transition vers l’école. En cours d’année, j’ai fait une intégration progressive, de même qu’un suivi régulier avec les parents. J’ai aussi eu l’assistance d’une préposée aux élèves handicapés, qui a collaboré à la mise en place d’un système de pictogrammes pour l’aider à assimiler la routine. De plus, on a adapté les travaux et les activités. Comme cette élève ne comprenait pas toujours les explications en grand groupe, la préposée reprenait individuellement la leçon avec elle et la dirigeait lors des travaux. Par ailleurs, en raison de sa déficience intellectuelle, elle ne voyait pas toujours les risques. Par exemple, elle allait vers la sortie lors des récréations. La préposée était donc aussi présente pour sa sécurité.

Cette élève a été très bien accueillie par les autres enfants. Ses parents sont venus en classe en début d’année pour la présenter et pour expliquer son incapacité… pour enlever le mystère. Par la suite, c’était comme si j’avais plein de petits papas et de petites mamans dans ma classe! Il y a parfois eu des problèmes avec les plus vieux, en dehors de la salle de classe, mais nous sommes intervenus pour que ça cesse. Peu importe la raison, je ne tolère pas le manque de respect.

Cette année, j’ai eu deux élèves autistes et un élève dyspraxique. Encore une fois, je me suis renseignée. J’ai volontairement suivi une petite formation sur les troubles du spectre de l’autisme offerte par la commission scolaire. Je voulais être en mesure de les accompagner le mieux possible. J’ai aussi eu l’aide d’une préposée expérimentée, cette fois-ci à temps plein. Elle a pu me partager son expérience. Comme les enfants autistes ne réagissent pas très bien aux imprévus, elle a pu m’aider à gérer les crises qui survenaient dans ces situations.

Pour l’élève dyspraxique, qui ne parlait pas, on a fini par trouver des moyens de communication! Je lui posais des questions fermées, auxquelles il pouvait répondre par oui ou par non. C’était un élève qui voulait beaucoup aider, alors quand un autre écolier ne comprenait pas quelque chose, il le lui expliquait avec des gestes ou il allait chercher un objet pour illustrer.

Ma salle de classe, c’est la vraie vie. Dans la vraie vie, tout le monde est différent, et on est souvent confronté à des choses qu’on ne connait pas. Il faut apprendre à composer avec ça. Pour les écoliers sans incapacité, je trouve que de les mettre en contact avec des enfants handicapés, ça leur apprend la tolérance et le respect. Ensuite, ils peuvent appliquer ces valeurs dans d’autres situations de la vie quotidienne. Pour les enfants handicapés, les bénéfices varient beaucoup selon l’incapacité. L’élève trisomique apprenait par imitation. En voyant les autres élèves accomplir les différentes tâches, elle a pu développer son autonomie. Pour mes élèves autistes, ça les a aidés à intégrer les règles sociales et à mieux communiquer. Au final, les bénéfices sont des deux côtés.

Ma philosophie de l’enseignement, c’est de semer des graines en espérant les voir s’épanouir. Ça ne fonctionne pas toujours comme on voudrait, mais tout le monde en retire quelque chose malgré tout. Peu importe qui sont mes élèves, je veux leur faire vivre des réussites, leur faire aimer l’école. Pour ce faire, c’est important de respecter le rythme des enfants et des parents, de travailler ensemble pour répondre à leurs besoins. Et pour ça, ça prend la passion. Si on n’a pas la passion d’aider les autres, le désir de prendre les devants, on ne peut pas espérer faire une différence. »

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Mise à jour : 4 juin 2015

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